“Qu’est-ce qu’un dispositif ?”

« Notre société n’est pas celle du spectacle, mais celle de la surveillance […]. Nous ne sommes ni sur les gradins, ni sur la scène, mais dans la machine panoptique, investis par ses effets de pouvoir que nous reconduisons nous-mêmes puisque nous en sommes un rouage. »

Michel Foucault,
in « surveiller et punir ».

 

« Le droit à la liberté sans les moyens de le réaliser n’est qu’un fantôme. »
Michel Bakounine


 

Cette question « qu’est-ce qu’un dispositif ? », au premier abord parfaitement neutre pour les profanes, agite depuis déjà quelques années les esprits, chez les sociologues comme chez les conseillers en communications. Le terme « dispositif », est rentré dans le langage commun du pouvoir, comme de celui de nombre de chercheurs et de sociologues quasiment au même titre que les termes de « classes sociales », revêtant ainsi une nouvelle importance.

Mais qu’est-ce qu’un dispositif ?

Laissons pour un moment le dictionnaire là où il est. Tentons d’explorer le concept.
Selon Foucault, un dispositif est à peu près un ensemble de mécanismes, d’assemblages hétérogènes de discours, de lois, d’institutions, de pratiques, d’outils, de dispositions spatiales, etc.

Assemblages mis en place pour et par ceux qui l’ont forgé, mais pas seulement.

Le piège à loup est un dispositif. La liste des élèves d’une école, agrémentée du nom de leurs parents ou tuteurs légaux, voir même de leurs situations sociales respectives, est un dispositif.

Ce qui ne veut pas dire qu’un dispositif est utilisé aux fins pour lesquelles il a été crée.
Nombre de dispositifs, (on pourrait aussi écrire « d’agencements ») peut être même l’essentiel, ne sont pas utilisés pour leur usage premier. On n’utilise plus que rarement le piège à loup pour capturer des loups. On ne l’utilise d’ailleurs pas que pour capturer ou blesser des animaux. Il est utilisé en temps de guerre ou de conflits civils pour blesser des êtres humains et les capturer. Il en va de même pour les listes scolaires qui ne servent évidemment pas qu’à contacter les parents d’un enfant pour parler de ses « résultats », de son « assiduité au travail » ou de son « comportement »… On s’en sert, à l’occasion, pour faire pression sur des parents accusés de mal s’occuper de leurs enfants, en leur imputant « le mauvais comportement » de ce dernier ou ses mauvais résultats justement. On s’en sert aussi pour ficher, arrêter, et expulser une famille de sans-papiers ou des individus accusés pour tel ou tel litige. «Pour leur bien », cela va s’en dire.

D’autre part, autre fait remarquable : l’expression est très prisée dans les discours gouvernementaux contemporains. On met en place le « dispositif alerte enlèvement » (en passant la photographie d’une personne disparue à la télévision en boucle ou sur les emballages de produit de consommation alimentaires), des « dispositifs de prévention de la délinquance dès la maternelle » (c’est à dire, par exemple, une surveillance psychologique pour « détecter les signes » qui devraient traduire chez les enfants un « penchant », présenté comme « naturel » ou « congénital » pour la délinquance ), des « dispositifs de surveillance », des « dispositifs de communication », des « dispositifs publicitaires », le « dispositif bonus écologique » comme le « dispositif de l’armée française en Afghanistan ». Il existe dans le langage du pouvoir une surabondance dans l’usage du terme qui de toute évidence n’est pas fortuite.

Il suffit pour s’en convaincre de taper le terme « dispositif » sur un moteur de recherche internet pour tomber rapidement sur plusieurs sites ministériels type « developpement-durable.gouv.fr».

On pourrait répertorier encore bien des exemples.

Mais pour saisir l’enjeu de l’utilisation du terme, il faut comprendre les dispositifs non seulement comme des ensembles mécaniques de gestion du pouvoir dans ses tâches les plus apparement administratives, subalternes et « neutres », tout aussi bien comme un lot d’objets, d’expressions, d’idées, de « façons de pensée », et même de concepts qui moralement ou matériellement, justifient et permettent d’assurer la surveillance généralisée -et l’adhésion quasi-automatique aux choix de société qui vont avec- comme rapport au monde. Herbert Marcuse soutenait que la rationalité technologique façonne l’idéologie. Parce que cette rationnalité organise chaque secteur de la société (culture, politique, social, économie) suivant le principe idéologique essentiel de la productivité matérielle. La conséquence étant que les individus se replient sur des modes de vie uniformes et non contestataires, et plus encore en période de “crise” (comme mode d’administration). En d’autres termes, on pourrait aussi dire que le processus économique (“exigence de productivité”) façonne l’idéologie -comme discours du pouvoir aussi bien que comme norme culturelle- qui façonne à son tour la manière de penser de la plupart des gens. Plus précisément, cette exigence fait que chaque dispositif (même une simple pub) contient avec lui un paradigme : une vision du monde.

Le choix de favoriser les solutions d’enfermement pour ceux et celles qui sont perçus comme des déviant-e-s (les prisons, les centres fermés, « l’hospitalisation prolongée » des hôpitaux psychiatriques, et les récents projets de loi qui doivent permettre de « favoriser l’hospitalisation d’urgencce » -en clair l’enfermement-) ou des indésirables (les camps de détention dits « centres de rétention administratives » pour sans-papiers). Le choix de prévenir, et même de rendre quasiment impossible, tout mouvement de foule suspect dans le métro ou dans la rue (via les drônes-vidéos, ou la vidéo-localisation -voir plus loin), le choix de bétonner une dalle, un trottoir ou un carrefour pour y empêcher ou y compliquer les rassemblements. A titre d’exemple, la préfecture de police de Paris déploie un nombre considérable de dispositifs stratégiques et logistiques (toutes les caméras de surveillance de la ville y sont visibles sur un mur d’écrans, et le préfet peut déplacer à partir de là hélicoptères, camions anti-émeutes, compagnies de CRS, etc…) lui permettant, si cela devenait nécessaire, de revoir la carte de la ville en champs de bataille avec vue panoramique façon « jeu vidéo en temps réel » : c’est exactement ce qui s’est passé durant les manifestations et les émeutes géantes du printemps 2006 (mouvement dit « anti-CPE »), ayant fait figure de laboratoire à grande échelle pour ce véritable « Etat dans l’Etat ». En définitive, des choix de « gouvernance » (pour reprendre un autre néologisme assez prisé dans les discours) qui conçoivent le rapport à la société sous l’égide unilatérale de l’Etat comme synonyme de « positions stratégiques », « d’affrontements », de « projections », de « conflits », et tout simplement : de contrôle. Révélant plus visiblement l’Etat pour ce qu’il est par essence, au moins d’un point de vue technique : un Etat policier . Tout ces rapports sociaux ne sont pas « neutres ». Ils engagent des visions du monde donc, une ou plusieurs idéologies.

Il serait naïf de s’imaginer que toutes ces choses sont laissées au hasard. Elles sont le fruit de décisions mûrement réfléchies et pensées dans le cadre de la loi, de l’histoire et de la réactivité de « l’opinion publique » durement sculptée selon les intérêts économiques et politiques du moment.

On parle aujourd’hui beaucoup de la LOPSSI 2 (Loi d’Orientation et de Programmation Pour la Sécurité Intérieure), qui constitue finalement un peu la « mise à jour générale » de la fonction répressive de l’Etat sous forme de gros lot de nouvelles lois scélérates. Mais d’une certaine manière, cela ne doit pas être vu comme beaucoup plus que la modernisation permanente de l’économie politique du contrôle, sous l’égide de la doctrine de la guerre économique. Son but n’est finalement rien d’autre que la création d’une « police globale », qui serait partout, jusqu’à se substituer à tout lien social. Biensur, ces décisions, ces décrets, ces réformes juridiques qui permettent l’emploi généralisé de ces dispositifs s’appuient opportunément sur tout un ensemble d’innovations techniques qui vont de paire avec le développement de l’économie. Mais justement, l’économie elle même n’est pas « neutre ». Elle suit tout un lot de schémas idéologiques et politiques déterminés qui ne sont pas dus au pur hasard, ou aux évolutions aléatoires des « découvertes scientifiques », mais bien plus aux nécessités des classes possédantes et de ses dirigeants politiques qui orientent jusqu’à la recherche, qui donc n’est pas neutre non plus. S’imaginer que les innovations techniques jaillissent du néant sans être orientées et même encadrées par les intérêts des classes possédantes relève de l’aveuglement volontaire ou au moins de la naïveté. Il n’y a pas plus de « flic neutre » qu’il n’y a de « journaliste objectif » au sens pur de ces termes. On ne peut pas vivre dans un monde où le premier budget mondial est l’armement tout en pensant que le développement technologique suit le cours du progrès social.

Peut on nier, par exemple, que le développement d’internet, « formidable outil de communication », fut dès sa création par des étudiants d’une faculté américaine, accaparé par l’armée et les autorités étatiques, qui confisquèrent alors toute décision sur le développement du projet ? L’exemple d’internet reste néanmoins « positif », en ce sens qu’il est une technologie dont l’usage et la ré-appropriation populaire à des fins réellement “utilitaires” et contestataires jusqu’à aujourd’hui ne doit pas être nié ou relativisé. Malgré la surveillance. Malgré l’usage qu’en fait la police. Le travail policier des télécommunications et de la presse, même « clandestine », n’était peut être pas moins pénible (les nombreux rapports détaillés de la police française dans la surveillance des mouvements contestataires ou révolutionnaires et sur ses protagonistes en attestent à chaque sorti d’un livre d’histoire sur le sujet) et demandait beaucoup moins de « rationalisation » que celui qui consiste à surveiller internet et ses nombreux rouages. A condition de savoir l’utiliser, le « réseau des réseau » reste, en même temps qu’un autre « piège à loup », un assemblage d’outils créatifs et vivants. Mais bien évidemment, aucun angélisme n’est de mise sur la question. La France possède après la Chine, la politique la plus répressive et liberticide en matière d’internet. Le contrôle tend forcement à s’immiscer sur la toile. Là encore, la « LOPPSI 2 » viendra compléter un tableau déjà bien garni : en plus de l’obligation pour les fournisseurs d’accès de conserver et archiver les « logs » de leurs clients (informations d’entrées et sorties sur tel ou tel site ou connexion) viennent s’ajouter au décors, en vrac : l’identification des téléchargements « illégaux », de l’I.P du « pirate » et possibilité de suspendre la connexion temporairement ou même définitivement en cas de récidive. Mais également : la possibilité d’identifier l’auteur d’un message, ou même d’un article anonyme sur un site d’information ou de presse à partir de sa connexion. Et la liste est encore longue. A l’origine de ces mesures « contre le piratage » (et dont l’usage s’étend évidemment pour la police) : tout un lobby de propriétaires et de producteurs désireux d’empêcher les internautes de voir ou écouter les «oeuvres» qu’ils possèdent sans payer.

Le principe de “gratuité” (ou plus simplement le refus de payer pour “consommer de la culture”) est leur cauchemard : les lois les plus sécuritaires et liberticides valent mieux à leurs yeux que quelques invendus. Contrairement à ce qu’on a pu dire ce sujet, la “gratuité” n’est pas un argument de vente en soi. Elle peut être utilisée, elle aussi, comme dispositif dans une stratégie marketing. Mais elle n’est plus un argument de vente lorsqu’elle “casse le marché”. C’est de l’initiative de quelques propriétaires d’oeuvres, et maisons de productions (qui ont entraînés avec eux d’autres capitalistes soucieux de défendre leurs intérêts) et du poids qu’ils ont eu sur quelques députés bien “avisés” (la plupart n’y connaissent strictement rien en matière d’informatique et d’internet) que les premières de ces lois ont vu le jour. Mais le bilan des nombreux autres dispositifs dont nous ignorons complètement le développement et sans doutes même jusqu’à l’existence à de quoi réveiller quelques inquiétudes. Ce qu’il faut saisir, c’est que l’enjeu du contrôle et aussi et d’abord de défendre les intérêts d’une classe, ou au moins la bonne marche de l’économie, qui par définition, produit des intérêts contradictoires.

On pourra objecter à ce sujet que le mode d’administration de l’Etat est par essence de « surveiller et punir » et de maintenir un certain secret autour de sa mécanique afin de protéger la fragilité de certaines infrastructures. Mais il faut en conséquence se demander à quel moment il est question pour nous de « démocratie », de « droit » ou même de « choix ». Le champs libre semble déjà s’amenuiser sous le poids de ces constats. Non content de soulever quelques lieux communs, nous faudrait il encore questionner l’influence des dispositifs de toutes sortes sur le comportement humain en général. Son rapport à la soumission, aux choix déterminés dans l’acceptation et l’idée « consentie » d’être sous surveillance au quotidien. Même et surtout inconsciemment. En bref, le remplacement de la discipline obtenue sous la menace de la loi par l’auto-discipline mécaniquement observée sous l’effet du contrôle permanent. La promesse du bâton et la peur de son application systématique et immédiate sont deux choses très différentes. Et pour détourner une vieille expression anarchiste : le peuple ne ne sera pas plus heureux lorsque la matraque avec lequel on le frappe sera appelée « matraque démocratique », « matraque de proximité » ou « matraque préventive ». Mais si l’essence de ce rapport social reste le pouvoir et l’autorité, il existe un saut qualitatif entre le comportement humain dans une société gouvernée par un Etat régalien « de base » tel qu’on a pu l’observer par le passé et celle qui tend à la panoptique et au contrôle techno-social total. Pas sur le plan de la « valeur », mais plutôt du « mode opératoire » dans le contrôle : plus implacable parce que voulu « plus efficace ». Dans une société dominée par la sacro-sainte rationalité technologique, l’inefficacité est pêché mortel. L’expérience de Milgram à l’échelle mondiale a déjà révélé son lot de flétrissures dans la logique des comportements humains. Ou de ce qu’on entend encore par « humanité ». C’est à dire un lien, au demeurant. Et lorsqu’il est rompu, tordu ou plié c’est que quelque chose le remplace ou le coince. Quelque chose d’autre qui n’est pas ce lien et qui pourtant nous tient lieu de « Société » . On pourrait encore parler des satellites espions, des ondes et de leurs effets sur le comportement ou la santé, des micro-puces (RFID), des micro-canons, des micro-caméras et bien d’autres choses encore si leur énumération nauséeuse ne confinait pas à la paranoïa. Car il ne s’agit pas d’écrire un mauvais roman de science-fiction, mais d’établir une sorte de « diagnostique » du comportement humain en présence de tout ces dispositifs dans la vie quotidienne et les rapport sociaux au diapason de la surveillance généralisée, dont l’enjeu est bien le contrôle social. Puisqu’il ne s’agit pas d’être résigné au mythe de l’invulnérabilité du système et de se laisser envahir par la peur, mais de comprendre ce phénomène de prolifération et ses fins pour mieux combattre l’idéologie du pouvoir et son obsession mystique pour le contrôle.

Contrôle qui n’est plus seulement assuré par l’image de « l’agent de police à chaque coin de rue » et de ses injonctions, mais d’un certain nombre d’expressions du langage dominant (comme « le droit chemin », « les bons citoyens »), de suggestions (« la misère ou le salariat ? »), et enfin d’outils qui si ils ne sont pas présentés comme « étant conçus à cet usage », servent essentiellement à tracer et suivre les individus, les encadrer, les séparer, les tenir à une « distance raisonnable », et délimiter leur champs d’action, voir même de pensée.

Ce qui fait l’histoire des dispositifs, c’est leur accumulation. Leur multiplication.

Derrière chaque dispositif mis en place par telle ou telle « réforme », ou « projet de loi », changement dans les méthodes de police ou innovation économique ou technologique, se cache un lot d’autres dispositifs parfois ancestraux. A ce qui fut jadis une préoccupation essentiellement militaire, policière et religieuse, qui permettait de faire tenir les formes passés du salariat, ou celles plus anciennes de l’exploitation, se sont ajoutées les catégories de l’entreprise non plus seulement comme lieu d’exploitation, et de l’école, de la faculté, non plus seulement comme lieux d’apprentissages mais comme sphères totalisantes de « l’intégration sociale ». Comme des lieux de pouvoir structurés. Où le savoir lui non plus n’est pas neutre, mais donc orienté : le simple fait que certains cours disparaissent à la fac, ou que leurs contenus ou certains thèmes soit radicalement changés d’une année à l’autre devrait pourtant nous mettre sur la piste. Pas étonnant dès lors, qu’outre l’armée ou la prison, c’est aux sein de ces nouvelles sphères totalisantes que se multiplient les dispositifs. La rue elle aussi, vieille place du désordre, de rencontres et de fêtes, lieu de la res publica (chose publique) par définition est, de plus en plus, un chemin de l’Etat jonché par ses dispositifs où rien n’est plus censé exister en dehors de son champs de vision, de captation, de détection.

La disparition progressive et programmée des fêtes populaires « sauvages » dans certaines grandes villes et métropoles européennes (Comme les « botellones » en Espagne ou « fêtes de quartier» en Allemagne, ou la « rue de la soif » à Rennes et ses fêtes de rue) ont autant avoir avec la gentrification (sorte de processus moderne de ségrégation spatiale, qui n’est finalement qu’une autre facette de la lutte des classes et de la domination) qu’avec les dispositifs mis en place pour chasser les pauvres et le «bruit» de la cité (nouvel ennemi suprême du « monde civilisé »). A grands coups de caméras de surveillances, de « bruit anti-jeunes» ou de «sprays odorant anti-SDF», d’urbanisme, mais aussi de camions de police, de gaz lacrymogènes et de charges de policiers anti-émeutes lors de certaines de ces grandes fêtes. La plupart de ces fins de fêtes populaires sauvages ont été émaillées partout en Europe ces dernières années d’affrontements et même d’émeutes géantes (En Espagne à Valence, et à Barcelone, en Allemagne à Hambourg lors de l’été 2009, etc) où à chaque fois la presse s’emploie à pointer du doigt en vrac “la violence, l’alcoolisme, la drogue, l’absence de mesures de sécurité, la présence d’éléments perturbateurs, etc…” (dans la droite lignée de la “phénoménologie” policière) tout en s’abstenant bien d’analyser la situation à la lumière de ses causes et de ses enjeux. Partout, on chasse les pauvres non seulement des centres villes, mais même des rues, en les acculant à la stricte « sphère privée » par dégager partout un terrain de jeu capitaliste potentiel pour entrepreneurs, spéculateurs immobiliers, petits commerçants (« bars branchés », restaurants), ou grandes filiales de la distribution vestimentaire ou alimentaire (magasins de vêtements, fast-foods, snacks-bars), et encore de marchandises culturelles (galerie d’art, « squat d’artistes subventionnés par la mairie », ou cinémas d’une grande chaîne), etc.

Au lycée, à l’université comme en l’entreprise : parmi d’autres, une sorte d’impératif catégorique s’est hissé sur ces dispositifs dans l’histoire contemporaine. Il s’agit de l’exigence d’adhésion aux « choses comme elles vont ». C’est une fabrique permanente du statu quo, qui comme idéologie, emploie ces dispositifs. En plus d’y apprendre comme à l’école, la soumission, la fameuse «éthique du travail», la ponctualité et l’assiduité, en effet, on ne demande plus seulement à l’employé d’accomplir les tâches indispensables qu’on exige de lui dans le processus de production, mais on lui demande de comprendre en quoi ce qu’il fait est important pour l’entreprise, on s’assure qu’il ai bien compris « sa mission personnelle», et en clair de la place de son entreprise dans l’économie et de l’économie dans la société. L’entreprise est une cellule de socialisation totalitaire. Pour exemple de dispositif, une habitude qui s’est généralisée dans les grandes entreprises du service et de la vente est d’afficher à proximité du réfectoire, des vestiaires ou des casiers, à un endroit bien visible : les comptes de l’entreprise et sa côte en bourse sous forme de diagrammes et de courbes. Si l’employé de base ne comprend évidemment pas le sens profond de tout ces chiffres, il comprend que si il ne travaille pas à plein rendement, il risque sa place. Et chaque matin, le petit dispositif, avec d’autres, joue son rôle dans la domestication salariale. Là encore, l’exemple est révélateur : la fonction essentielle du dispositif «diagramme » (appelons le ainsi par commodité), n’est pas la « transparence des comptes », ou « l’information» -fonction parfois affichée- mais d’exercer une pression sur le salarié en lui faisant comprendre que sa place, son salaire et donc sa survie à court ou moyen terme, dépend intimement de la rigueur avec laquelle on utilise sa force de travail, et à laquelle il doit impérativement se soumettre, sous peine d’être humilié, réprimandé, de voir son salaire retranché de retenues, ou d’être purement et simplement licencié.

A chacun de ces dispositifs, d’autres se sur-ajoutent, comme les disques d’une chaîne de vélo.

Chaque « dispositif » pouvant contenir son lot de «dispositifs », comme les réseaux d’alvéoles dans une ruche d’abeille. Un dispositif de vidéo-surveillance contiendra le dispositif « agent de sécurité – écran – caméra », etc. Chaque dispositif déployé par l’Etat ayant, d’une manière ou d’une autre, pour vocation d’assurer la bonne marche de l’économie. Comme autant de rouages de l’architecture globale du capitalisme.

http://lecridudodo.blogspot.com/2011/02/quest-ce-quun-dispositif.html

 

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